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Traduire ou ne pas traduire ?

Publiée par Alena Gradoboeva

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Le rôle de la traduction dans l’approche lexicale

Lorsqu’on enseigne le français langue étrangère, une des premières règles qu’on apprend dans le cadre de l’approche communicative est la suivante : pas de traduction.
Pas de recours à la langue maternelle, pas de définition en L1. À la place, on privilégie les gestes, les images, les paraphrases, les mises en contexte… bref, tout sauf la traduction.

Mais que se passe-t-il si l’on adopte une autre perspective, celle de l’approche lexicale ?
C’est une question pertinente qu’Olga m’a posée récemment, et qui mérite que l’on s’y attarde.

L’approche lexicale : une autre vision de la traduction

Contrairement à l’approche communicative, l’approche lexicale ne diabolise pas la traduction.
Elle considère même que traduire peut être l’un des moyens les plus simples, rapides et efficaces pour transmettre la signification d’un mot.

Prenons un exemple tout simple : un·e apprenant·e vous demande ce qu’est une tasse. Vous pouvez chercher une vraie tasse, dessiner un objet au tableau, ou encore mimer un petit-déjeuner. C’est possible, bien sûr. Mais cela prend du temps, et parfois, cela mobilise de l’énergie inutilement.

Dans ce type de situation, la traduction peut être un gain de temps précieux. Elle permet de répondre immédiatement à la question : “Qu’est-ce que ça veut dire ?”
Cependant — et c’est essentiel — la signification d’un mot n’est qu’un point de départ.

Traduire, oui. Mais pas seulement.

Dire que tasse = чашка en russe donne une information minimale, mais elle est insuffisante.
Cela ne dit rien à l’apprenant·e sur :

  • l’usage du mot,
  • les verbes ou adjectifs qui l’accompagnent,
  • les prépositions qui le suivent,
  • les registres ou contextes dans lesquels il s’emploie.

Or, c’est là que se joue l’essentiel. En se contentant de traduire, on donne l’illusion de la compréhension, mais on ne fournit aucun outil d’usage réel. On remplace la pratique par de la théorie, et on installe dans l’esprit de l’apprenant·e un dictionnaire mental figé, déconnecté des structures du français.

Pour un apprentissage vraiment lexical

L’approche lexicale nous invite donc à aller bien au-delà de la traduction. Une fois la signification donnée, il est indispensable d’ancrer le mot dans un réseau lexical vivant.

Cela passe par :

  • des exemples en contexte,
  • des phrases complètes et des collocations,
  • des co-textes pertinents,
  • des synonymes, antonymes, dérivés,
  • un travail sur les champs lexicaux et les usages typiques.

C’est à cette condition que l’apprenant·e pourra construire des groupes lexicaux actifs, réutilisables en production.
Sinon, on prend le risque de voir se développer un savoir passif, inefficace, qui ne permet pas d’agir dans la langue.

Pour conclure donc, 

  • Oui, la traduction a toute sa place dans l’approche lexicale, surtout lorsqu’elle permet de gagner du temps ou de lever une ambiguïté.
  • Mais elle ne peut pas être une fin en soi. L’apprentissage du lexique passe par la richesse, le contexte, les exemples, et surtout par la mise en réseau des unités lexicales.

Enseigner le vocabulaire, ce n’est pas donner des mots : c’est donner les moyens de les utiliser.

Alena Gradoboeva

Argentine

Enseignant(e), Formateur(rice) de formateurs

Disciplines :
  • Linguistique & littérature
  • Didactique
  • FLE Adultes
  • FLE Enfants et adolescents

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