Léonard de Vinci : la perfection de l'inachevé
Publiée par Paola Ceccopieri
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Introduction
Cette séquence vise à réfléchir sur le legs de la figure de Léonard de Vinci au sein de la culture de la Renaissance et en particulier en France.
Léonard ne passe que la dernière partie de sa vie en France, il y arrive suite à l'invitation du roi François Ier, en 1516, lorsqu’il a déjà 64 ans, accompagné de son assistant, l’artiste peintre Francesco Melzi.
Le roi de France le nomme « premier peintre ingénieur et architecte du roi », mais aussi maître des divertissements. À cause d’une paralysie partielle de la main gauche, Léonard est contraint à négliger la peinture, il s’engage pourtant dans l’étude de différents projets.
Même si en France les conditions de santé du génie toscan sont déjà précaires, la période française marque pour Léonard sa pleine maturité créative. En effet, lors de son séjour français dans le célèbre château du Clos Lucé, Léonard aura l’occasion d’exploiter les expériences et les études menées en Italie, tout en favorisant le lien entre la culture italienne et la Renaissance française qui était en train de se développer sur les rives de la Loire, à la cour de François Ier.
J’ai essayé de comprendre la nature de l'héritage de Léonard de Vinci en France à partir de l'analyse du projet de la ville idéale de Romorantin.
Le choix du sujet a été déterminé non seulement par l’importance historique du projet commandé à Léonard par François I, mais aussi par ce qu’il constitue une synthèse des valeurs et des principes fondateurs de la civilisation italienne de la renaissance. Le projet de Romorantin donne à Léonard l’occasion d’aborder le sujet de la cité idéale qui avait été au centre de la réflexion philosophique et politique de la culture italienne à la fin du XV siècle. Léonard s’y était d’ailleurs déjà intéressé à l’occasion de la conception d’un nouveau plan urbanistique de la ville de Milan commandé par Ludovico Sforza.
Leonardo partage avec la culture italienne du début de l’âge moderne l'idée de la ville comme un corps vivant et dynamique dans lequel la beauté et la fonctionnalité coexistent. Sa cité idéale n’est pas une utopie abstraite, mais un microcosme rationnel et fonctionnel répondant aux besoins économiques et politiques du pouvoir.
Le projet Romorantin est issu de la rencontre entre le génie créateur de Léonard et l'ambition politique de François I. Après les victoires italiennes, le roi de France souhaite la construction d'une nouvelle capitale capable de rivaliser avec les ambitions de Charles V et à partir de laquelle commencer un vaste plan de développement économique du pays.
Pour répondre aux ambitions politiques et économiques de son commanditaire, Leonard réalise un projet grandiose de ville sur l'eau et traversé par un système complexe de canaux qui devaient faire de Romorantin le centre économique de la France et relier la Sauldre à la Loire et la Méditerranée à l'Atlantique.
Le charme du projet Romorantin est lié aussi à son caractère inachevé : en raison de la mort de Leonard, François I décide d'abandonner l'idée d'une nouvelle capitale et se concentre sur la construction d'un nouveau palais à Chambord.
La nature inachevée du projet Romorantin l'a rendu encore plus vivant et capable d'avoir un impact à long terme sur la culture de la Renaissance française.
Leonard était doté de multiples talents, il n’existe aucun domaine que son génie n’ait exploré (peinture, sculpture, génie civil, inventions de machines et armes à feu), mais presque toutes ses tentatives restent au stade de l’idée ou de l’intention. Leonardo ne s’inquiète pas de la nature inachevée de ses projets, car ce qui l’intéresse, c’est le dynamisme créatif capable de refléter le dynamisme et l’évolution de la vie de l’univers.
Après la mort de Leonardo, le projet de Romorantin a continué à germer, contribuant au développement de la civilisation de la Renaissance française : il suffit de penser à l'influence qu’il a exercé sur la construction du palais de Chambord.
L'influence de Leonard à la cour de François Ier ne se limite pas à l'architecture, car grâce à Rabelais et Montaigne elle s'étend également aux domaines littéraire et philosophique.
Rabelais, par exemple, conclut son Gargantua avec la célèbre abbaye de Thélème dont la représentation rappelle le palais de Chambord et elle est influencée par le débat sur la ville idéale de la Renaissance italienne.
Paola Ceccopieri
Italie
Enseignant(e)
- Linguistique & littérature—
- Français professionnel